L'amour fou

Publié le 29 Septembre 2010

musique : Côme Aguiar

 

Je reviens de l'Utopia où je suis allée voir L'amour fou de Pierre Thoretton .Un film sur la mode ,YSL ,la relation entre Pierre Bergé et Yves Saint Laurent mais surtout sur ce qu'était Yves Saint Laurent profondément ,en dehors de son travail ,de ses robes ,de ses drogues et de son aura .Sur le "lui" Yves Saint Laurent .On évolue tout le temps du film dans une ambiance feutré ,chargée ,lourde ,fidèle à son premier parfum ,Opium .Les murs ,les bibelots ,les statues ,les figurines ,les meubles envahissent l'espace .On ne peut plus rien poser nul part .Aux murs des tableaux ,aux sols des tapis ,sur les meubles des plaids ,sur les tables des oeuvres .L'art ,l'art ,l'art .Partout ,ultra présent : omniprésent .L'argent aussi .Parce que même si le film n'est pas clinquant et qu'il est même magnifiquement sobre et digne ,s'égrainant sur un thème au piano mélancolique et inlassable ,la datcha en Normandie ,le riad à Marrakech et le sublime appartement à Paris -rue Babylone- brillent par leur beauté (le bon goût Saint Laurent transparaît jusqu'au choix de la datcha ,sorte de perfection absolue d'un idéal de calme tranquillement luxueux à la campagne ,près de Sagan et des Rotschild) et leur ameublement (ultra chargé donc) nous accompagne pendant tout le film .Nous faisons des allers-retours entre ces différents lieux ,entre Bergé et Saint Laurent ,entre les années d'insouciance et la dépression ."Je suis né avec une dépression nerveuse" .Ces demeures semblent être des mausolées ,lieux figés dans leur magnificience ,sans vie (Pierre Bergé confie la solitude maladive de Saint Laurent qui l'emprisonna petit à petit ,ne recevant plus ,ne voulant voir personne) .Les Matisse et Picasso se multiplient ,chaque meuble est une oeuvre d'art ,chaque pièce porte un nom (la datcha proustienne avec la chambre "Swan" d'Yves) et tout ça est mortellement triste .Mais mortellement beau aussi .Alors voilà ,L'amour fou c'est un film sur la vie de Saint Laurent mais dans son propre monde : l'on traverse sa jeunesse timide ,sa rencontre avec Bergé ,sa dépression grandissante finissant par le dévorer et son goût pour les paradis artificiels durant quelques dizaines d'années .Ce n'est pas vraiment sur ses robes ,ses défilés et sa légende .Un peu bien sur mais ...pas vraiment .C'est sur sa vie oui .Sa vie dans son ensemble .Narrée par la voix hésitante de Pierre Bergé sur le fil du rasoir ,élégant et digne ,de Marrakech à chez Christie's .Et lorsque tous ces souvenirs ,ce mausolée splendide part vers une salle d'enchères ,il nous explique fort joliment que perdre ces objets n'est rien à côté de perdre l'être avec qui l'on a partagé cinquante ans de sa vie ,avec des hauts et bas certes ,des drames et des larmes certes ,des junkies et du whisky certes ,des boîtes et des fêtes certes mais aussi cet amour fou qui (malheureusement) ne transparaît que trop peu dans le documentaire .Seul point noir au -très beau- tableau .

A voir donc .

Rédigé par Clémence

Publié dans #Cinéma

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Myrtille 02/10/2010 20:31


Il faudrait que j'aille le voir, malheureusement j'habite une ville paumée ou les gens sont certainement plus sensibles aux films de science fiction et autres débilités plutôt qu'à de petits chefs
d'œuvre du septième art tel que ce docu-film. Heureusement, je vais pouvoir le regarder via le net :p