Dallas Buyers Club

Publié le 7 Février 2014

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Dallas Buyers Club

 

Bon déjà, il y a Matthew McConaughey. Puis le réalisateur de Crazy. Et puis Jared Leto. Et même Bradford Cox, quelque part dans le fond, discret et muet en squelettique jeune homme blond nommé (ironiquement?) Sunny. Squelettique comme tous les fantômes bien vivants qui peuplent ce film tout aussi bon qu'il est beau et triste sans être misérabiliste. Un film traitant du SIDA ne peut être profondément comique, bien sur que non, mais on rit quand même parfois ("Get out of my bed...") - surtout avec Rayon (joué par Jared Leto), le travesti plus attaché à la vie qu'à sa perruque -  et on est émus sans qu'on ait l'impression qu'on nous tire les larmes. Ce qui est fort appréciable. L'histoire racontée est vraie et n'en est que plus touchante et folle. Comment un cowboy bien texan - "bien texan" voulant dire un peu escroc, aimant beaucoup le fric (et la coke), aimant pas du tout les homos et ayant un accent du Sud à y accrocher le manteau - apprend qu'il a le SIDA et rejette d'abord l'idée, pensant que c'est réservé aux "pédés" dont il ne fait pas, ô grand jamais pas, parti. Mais il ne peut longtemps nier la maladie quand on lui annonce que ses lymphocytes sont à 9 et qu'il a 30 jours à vivre. Pas démonté, il continue son cocktail à base d'alcool, clopes, coke et baise. Mais il se rend compte qu'il ne peut pas rester là, comme ça, à attendre la mort en continuant à déconner. Son corps maigrit, tousse, fait mal, souffre, sa tête siffle, ses muscles se contractent en crampes, ses yeux rougissent, sa peau se fragilise et il ne le supporte plus (noooon! Vraiment?) . Et que proposent alors les hôpitaux américains à ceux qui n'en peuvent plus? De l'AZT. La tant convoitée AZT. Qu'il n'aura pas. Parce que les traitementes-test sont distribués, soit placebo, soit réel médicamment, entre certains patients (les plus proches de la mort?). Il va finalement s'en procurer illégalement mais il est encore loin de mourir puisque... puisque vous verrez si vous allez le voir. Le SIDA est bien sur central dans le film mais ce qui est, selon moi, le thème principal du film est la capacité de résistance, de changement, d'adaptation du corps humain, physiquement ou mentalement. "Ronnie" va oublier son homophobie, oublier certaines addictions, oublier la déconne quotidienne du rodeo et refuser l'idée du malade victime éplorée attendant la mort. Il va résister plus longtemps que prévu. Combien de temps? A vous de le voir parce que c'est VRAIMENT un film à voir. Et puis chapeau à Jared Leto que je préfère décidément plutôt à l'écran que derrière un micro.

 

Little Odessa

 

Avec mon père, on a chopé la dernière séance de la rediffusion de ce film de James Gray, dans une salle d'art et d'essai toulousaine ayant la très bonne idée, de temps à autre, de rediffuser des petits bijoux tels que Victor VIctoria (récemment) ou ce film. Je voulais y aller pour trois raisons: 1 - Tim Roth 2- New York 3- les Juifs russes. Et je n'ai pas été déçue. Bien que je l'ai trouvé un poil trop lent (mais mettons ça sur le compte d'un visionnage après une longue journée de cours, ce qui signifie fatigue). Mais à part ce léger détail, j'ai beaucoup aimé. Il m'a rappelé The Immigrant (le dernier du réalisateur), non pas par le traitement de la communauté slave dans New York (thème récurrent chez James Gray où les personnages sont soit slaves, soit juifs, soit les deux, tout comme lui) mais par le fait que ce film est tellement sombre que même la lumière refuse d'y entrer. Il y a cette même façon de filmer dans une obscurité permanente, où quand la lumière est là elle est blanche ou grise, voilée, plus brouillard qu'halo lumineux. On a l'impression qu'ils ne s'en sortiront jamais parce que nous n'arrivons jamais à bien les discerner. Il y a toujours une ombre, un voile, un nuage blanc comme celui de fumée qui accompagne Tim Roth, tueur à gage en rupture avec sa famille vivant à Little Odessa, quartier juif et slave de Brooklyn, quartier qu'il a quitté pour des raisons que l'on comprend obscures. Il va devoir y retourner pour accomplir son boulot d' "éliminateur" d'ennemis. Et c'est alors que beaucoup de choses vont ressortir: son frère, Ruben, (un jeune Edward Furlong beau comme c'est pas possible) va le revoir alors que ça lui est interdit, ses parents vont aussi être amenés à le revoir et ça va péter. L'on suit ce personnage aussi rebutant qu'attachant, semblant détruire tout ce qu'il touche sans forcément le vouloir. Mais en même temps il est tellement malsain et froid et violent que l'on ne sait quoi en penser. Oscillant perpétuellement entre méchant et anti-héros, Joshua Shapiro (Tim Roth) m'a lui aussi rappelé The Immigrant, le personnage de Bruno Weiss (Joaquim Phoenix), affreux maquereau, tout aussi détestable qu'il est pourri, et pourtant, on ne sait trop comment, on n'arrive pas à totalement le détester. Alors que pourtant... James Gray filme New York comme une ville glauque et fascinante, mais pas cliché pour autant : ce ne sont pas les excentriques gangsters de Scorcese ou la gouaille un peu clinquante, un peu "frimarde" des héros de Reservoir Dogs. On a pas l'impression que c'est fantasmé ou romancé, que c'est un peu exagéré, un peu "film sur le mythe des gangsters". Non, on a l'impression que c'est vraiment comme ça, tellement sale et sombre que l'on ne rêve même pas à les rencontrer ces mecs, que l'on ne souhaite même pas leur trouver un côté comique, un côté pittoresque. On le prend presque en pitié ce Joshua qui est embourbé dans une noirceur crasse. Mais je dis bien "presque" parce que justement, James Gray fait tout pour que dans ce magistral premier film, le gangster ne soit jamais le bon méchant. N'oublions pas les autres acteurs (Moira Kelly qui joue Alla Shustervich ou Maximilian Schell jouant Arkady, le père de Joshua et Ruben) qui sont tout aussi bons et participent à l'ambiance de ce film où le poids de la famille s'ajoute à celui de la religion et de la violence.

Rédigé par Clémence

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